Le sport est-il l'allié contre les maux de dos?

Messages-clés du Pr Yves Henrotin et de Céline Mathy
éneoSport - Jeudi 14/02/2019 à Namur

Quelques mots sur la lombalgie

La lombalgie est une douleur dans le bas du dos. On parle de lombalgie aiguë quand la douleur est inférieure à 6 semaines, de lombalgie subaiguë quand la douleur dure entre 6 et 12 semaines et enfin de lombalgie chronique quand la douleur persiste au-delà de douze semaines.
Le mal de dos touche aussi bien les hommes que les femmes et peut survenir à tout âge. C’est une douleur courante qui touche environ 70 % de la population adulte au moins une fois au cours de leur vie. Il s’agit donc d’un réel problème de santé publique.
La toute grande majorité des lombalgies sont communes, c’est-à-dire non spécifiques. On ne peut donc pas en identifier clairement la cause, ce qui peut être très frustrant, mais qui est plutôt rassurant car il ne s’agit pas d’une tumeur, d’une infection, d’un cancer ou d’une fracture par exemple.

Origines de la douleur

La douleur peut avoir des origines multiples. Elle peut en effet provenir des muscles, des disques intervertébraux, des ligaments et des articulations du dos qui ne bougent pas assez et ne travaillent pas correctement.
Si certains mouvements peuvent provoquer un mal de dos, de nombreuses lombalgies ne sont déclenchées par aucun mouvement spécifique. Il n’y a pas donc à proprement parlé de « faux mouvement », ce sont simplement des mouvements ordinaires de la vie quotidienne comme ramasser une feuille de papier ou encore éternuer.
Si la douleur persiste, cela ne signifie pas forcément que la maladie s’aggrave. Il ne faut pas oublier que le dos est costaud et qu’il n’y a pas de lien entre l’intensité des douleurs et la gravité des lésions visibles à ma radiographie.

Prise en charge des lombalgies

En phase aigüe, il faut soulager rapidement et efficacement la douleur. Une antalgie efficace (antidouleur, anti-inflammatoire ou myorelaxant) permettra à la personne de continuer à rester active. Attention toutefois à l’automédication !
La kinésithérapie va prévenir le passage à la chronicité, permettre une meilleure information du patient, réduire voire supprimer la douleur (grâce notamment aux traitements physiques et thérapies manuelles) et lutter contre le déconditionnement physique.
Attention au repos au lit ! Il ne doit jamais dépasser plus de deux jours car il favorise le passage à la chronicité. Il doit donc être recommandé seulement si nécessaire en raison de l’intensité de la douleur.
Maintenir ou de reprendre rapidement une activité aussi normale que possible est essentiel (par ex. se lever, s’habiller, monter et descendre des escaliers, cuisiner…). Même s’il n’est pas facile de faire de l’exercice quand on a mal au dos, il faut veiller à conserver une activité physique supportable en termes de douleurs et augmenter graduellement ses efforts selon ses capacités. Le plus important, c’est d’être régulier et de persévérer !
Certaines personnes, lorsqu’elles ont mal au dos, ont peur de bouger, mais la crainte de la douleur et la peur de bouger retardent la guérison.

Le bon traitement, c’est le mouvement !

L’exercice et le sport jouent un rôle important, non seulement dans la prévention, mais aussi dans la prise en charge de la lombalgie.
Une activité physique régulière développe les muscles, entretient la souplesse, renforce les os et améliore la forme physique et mentale. Elle libère en effet des substances chimiques naturelles qui réduisent la douleur (endorphines) et procure une sensation de bien-être (grâce à la sérotonine). De plus, l’activité physique régulière permet de contrôler son poids et de réduire éventuellement les kilos en trop. Autres avantages non négligeables : l’activité physique régulière permet d’entretenir le coeur, les poumons et de lutter contre le stress et l’anxiété.
Beaucoup se demandent quelles sont les activités à privilégier ou celles qu’il faut éviter.
Vélo ? Natation ? Danse ? Yoga ? Course à pieds ? Randonnée ? Tai-chi ? Fitness ? Tennis ? Golf ? Autre ? Il y en a pour tous les goûts !
De manière générale, toutes les activités physiques sont permises. La plupart des sports sont bénéfiques si on les pratique dans de bonnes conditions : échauffement préalable, augmentation progressive des efforts, maîtrise des gestes techniques et équipement de qualité (notamment de bonnes chaussures). L’essentiel est de trouver des activités qui procurent du plaisir afin de les pratiquer dans la durée. Elles doivent être adaptées aux désirs et aux capacités de chacun. A chaque activité ses bénéfices.

Que vous souffrez de mal de dos ou que vous souhaitez en prendre soin pour éviter d’éventuels problèmes, le sport est donc votre allié !

Aspects psychologiques de la douleur

La douleur est une expérience personnelle et subjective. Il n’y a donc pas de moyen objectif de la mesurer. Elle prévient généralement que quelque chose ne va pas. On ne peut donc pas la supprimer, mais on peut apprendre à la gérer.
Il existe des facteurs qui nous fragilisent et qui augmentent notre sensibilité à la douleur : le stress, l’anxiété, la dépression, les situations de vie difficiles, la peur de la douleur… Ces facteurs ne sont pas des déclencheurs de la douleur, mais ils favorisent son maintien. Il est donc important de les identifier et de les traiter.
La psychologie s’intéresse aux pensées, aux émotions et aux comportements des gens. Le fait de consulter un(e) psychologue n’indique en aucune façon que la douleur n’est pas réelle ou qu’elle n’est que « dans la tête ».
Aujourd’hui, de nombreuses techniques psychologiques pour gérer la douleur ont fait leur preuve. Voici quelques exemples d’approches complémentaires.
La relaxation permet de se détendre à la fois physiquement et moralement. La distraction (s’engager dans des activités agréables) contribue à ne pas se focaliser uniquement sur la douleur. Changer sa manière de penser aide à voir les choses de manière plus positive, à combattre les « fausses croyances » et, par conséquent, à avoir un meilleur moral.
La motivation est un facteur essentiel car la gestion de la douleur demande des efforts et prend du temps. Si elle fluctue de temps en temps, il faut veiller à la renforcer régulièrement.
Le plus important dans la gestion de la douleur est de se prendre en charge. Alors, pour reprendre un des slogans de la Fondation Arthrose : Mobilisez-vous pour la santé de vos articulations !